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Je
suis particulierement heureuse de pouvoir intervenir dans le cadre de
ce 23eme Congres de 1''Association Internationale des Universités
du Troisieme Age. J'y porte, en effet, une grande attention, en raison
tant de mes fonctions ministerielles, actuelles et passées, que
de mon implantation politique locale, ici à
Reims, depuis plus de 25 ans maintenant.
Je m'intéresse depuis longtemps à l'Institut Universitaire
du Temps Libre de Champagne-Ardenne, dont j'ai toujours eu à coeur
de favoriser le développement. L'lUTL, comme on 1'appelle ici,
fete ses trente ans cette année. II a connu un essor remarquable.
Le Professeur Patrick Demouy vous a retracé son évolution
ce matin et son succes actuel: 4 000 adhérents, plus de 7 000 heures
de cours, d'innombrables matieres enseignées,
16 centres créés dans les principales villes de la région
Champagne-Ardenne.
Mes fonctions gouvernementales m'ont également amenée à
m'intéresser aux Universités du 3*me Age, à un double
titre : Lorsque j'étais Secrétaire d'Etat chargée
des Personnes âgées, j'ai été particulierement
sensibilisée aux enjeux du vieillissement de notre population et
du rôle social que pouvait et devait continuer à jouer un
3eme âge en pleine forme et en plein essor.
Aujourd'hui en charge
de la cohésion sociale de notre pays, particulierement soucieuse
de préserver les solidarités entre les générations,
je pense que vos universités sont un moyen important pour les seniors
de rester actifs au sein de notre société et en contact
étroit avec les autres classes d'âge, plus jeunes ou plus
âgées.
Tout comme l'IUTL
de Champagne-Ardenne, l'Association Internationale des Universités
du 3eme âge fete ses trente ans cette année.
La premiere de ces universités a été crée
en 1973, à Toulouse, par un homme visionnaire, Pierre Vellas, à
un moment ou l'esperance de vie connaissait, dans les pays développés,
un accroissement spectaculaire.
La longévité
ne cesse de progresser depuis lors, à une vitesse impressionnante
puisque nous gagnons, en France, un an de vie supplémentaire tous
les quatre ans. Cette révolution anthropologique mais aussi la
progression accélérée des connaissances dans tous
les domaines bouleversent notre conception des âges de la vie et
le cours meme de 1'existence de chacune et de chacun d'entre nous.
Un nouvel âge
de la vie est apparu, qu'on a appelé le "troisieme ",
et qui est déjà dépassé depuis par un "
quatrieme ". Cet âge intermédiare, ou 1'on n'est plus
directement actif alors meme que 1'on reste en pleine possession de ses
moyens intellectuels et physiques appelait le développement de
nouvelles activités pour lui permettre de s'investir et de s'épanouir.
Pierre Vellas a parfaitement
mesuré cet enjeu en créant ces universités atypiques,
conçues pour offrir à un public spécifique un programme
d'activités qui respecte les conditions, les besoins et les aspirations
propres à cet âge de la vie.
L'Université
du 3eme âge est ainsi à la fois :
- une Université de type traditionnel, avec cours magistraux, apprentissage
et acquisition de connaissances ;
- et une sorte de club, proposant des activités variées
: ludiques, culturelles, physiques et sportives.
Ce modele s'est rapidement
répandu dans le monde entier, témoignant ainsi de la justesse
de 1'intuition initiale de Pierre Vellas.
Le fait que vous ayez
tenu votre dernier Congres en Chine, à Shanghai, en 2004 témoigne
de cette expansion universelle.
Je me réjouis de ce succes. II traduit la volonté des seniors
de continuer à s'impliquer dans le monde d'aujourd'hui et à
agir sur lui.
Les trente ans de 1'AIUTA sont 1'occasion de dresser un premier bilan
de cet essor mondial et d'étudier les perspectives des universiteés
du 3eme âge.
Plusieurs reflexions
me viennent à ce propos, qui toutes militent pour une poursuite
du développement des universités du 3eme âge et son
encouragement par les pouvoirs publics.
1. La premiere
a trait à 1'évolution démographique de la population
mondiale et aux bouleversements des âges de la vie.
La population tend
à vieillir un peu partout dans le monde et la part de la population
âgée s'accroit fortement.
- En France, la part des personnes âgées de plus de 60 ans
dans la population est passée de 18 % en 1962 à plus de
21 % en 1999. Elle atteindra plus de 27 % en 2020 et pres de 33 % en 2040,
soit le tiers de la population.
- Ce vieillissement tient en grande partie au progres de la longévité
qu'on observe, sauf exception, dans tous les pays développés
et en développement.
En Europe, entre 1960 et 1995, la durée de vie moyenne s'est allongée
de 6,4 ans pour les hommes et de 7,7 ans pour les femmes.
En 1750, une femme
ou un homme de 64 ans avait encore 10 ans à vivre; aujourd'hui
cet espoir est celui des femmes de plus de 77 ans et des hommes de plus
de 72 ans. En outre, non seulement on vit de plus en plus longtemps mais
on reste en bonne santé à un âge de plus en plus avancé.
Depuis 1980, 1'allongement de 1'espérance de vie sans incapacité
a été supérieur à celui de 1'espérance
de vie. Etre âgé de 70 ans aujourd'hui équivaut à
avoir 60 ans dans les années 1930.
L'essor des universités
du 3eme âge illustre bien cette révolution du temps humain.
II nous incite à revoir entierement notre conception des âges
de la vie.
Nous sommes encore, en effet, sous 1'emprise de schémas surannés
qui nous font, par exemple, associer départ en retraite et début
de la vieillesse.
De meme, les âges-pivots que nous avons en tete, et qui régissent
encore beaucoup de nos regles collectives, sont désormais dépassés.
60 ans ne marque plus le début de la vieillesse : à cet
âge, on n'est plus ni usé, ni fatigué.
- Toutes ces années
de vie supplémentaires doivent pouvoir s'épanouir et s'investir,
notamment au service de la collectivité.
- Chacun doit pouvoir
continuer à s'impliquer dans la vie de la société.
D'ou la necessite de permettre a ceux qui le souhaitent de continuer a
travailler. D'ou la nécessité aussi de mieux développer
le bénévolat et des formes d'engagement differents de celle
qui repose sur le strict contrat de travail classique.
- L'acces au savoir
est évidemment une condition essentielle pour pouvoir continuer
à participer à la vie économique et sociale.
En contribuant à 1'épanouissement et à 1'insertion
sociale de chacun, la connaissance améliore la qualité de
notre vie collective, le dynamisme et la cohésion de notre société.
-- Je pense aussi
aux femmes.
Beaucoup d'entre elles
n'ont pas eu la chance de faire des études ou de faire celles qu'elles
souhaitaient. II fut un temps, pas encore si éloigné, ou
l'acces aux études supérieures leur étaient barrées.
Aujourd'hui encore, des freins culturels les amenent à s'orienter
vers des cursus moins intéressants ou moins poussés que
d'autres.
Vos universités
sont 1'occasion, pour nombre d'entre elles, d'avoir enfin acces aux connaissances
et de pouvoir étudier ce qu'elles auraient souhaité apprendre.
II. Le second facteur
qui milite en faveur des universités du 3eme âge, c'est la
nécessité de conforter les solidarités entre les
générations.
Autrefois les générations
se suivaient sans se croiser: au début du I8eme siecle, un enfant
avait perdu ses deux parents quand il atteignait l'âge de 30 ans.
Aujourd'hui, les générations
se chevauchent de plus en plus : il n'est plus rare d'avoir simultanément
grands-parents, parents, enfants, petits-enfants voire arriere-petits-enfants.
Avoir 60 ans, ce n'est
donc plus etre au bout de la chaîne mais à une place intermédiare
cruciale entre deux générations.
Quand les personnes
de 60 ans ont encore leurs parents, dont elles doivent s'occuper, et,
simultanément, leurs petits-enfants, dont elles assurent la garde
et contribuent à 1'éducation,c'est qu'elles ne sont plus
ces personnes oisives et retraitées que 1'on veut voir encore,
mais une génération pivot sur laquelle repose une responsabilité
familiale et sociale majeure c'est donc l'ensemble des liens entre les
générations qu'il convient de réévaluer.
Cette coexistence
simultanée de nombreuses générations donne aux aînés
un rôle majeur en termes d'éducation et de transmission des
savoirs et des savoir-vivre.
Alors que 1'idéologie du jeunisme tend à enfermer nos enfants
dans une bulle et rend de plus en plus difficile le passage à 1'âge
adulte, les aînés ont un rôle crucial à jouer
pour les aider à grandir et à franchir ce passage compliqué.
A nous d'encourager,
par conséquent, toutes les formes de tutorat, à 1'universite
comme dans les entreprises.
En restant en phase avec le mouvement généeral de la société
grâce à vos universités, en restant actifs au plan
intellectuel et en actualisant leurs connaissances dans tous les domaines,
les personnes du 3eme âge sont à meme d'apporter ce soutien
et cette transmission indispensables.
III. Un troisieme
facteur rend impératif le développement des universités
du 3eme âge, c'est le renouvellement permanent des connaissances
dans tous les domaines.
En cinquante ans,
1'humanité a fait plus de découvertes que dans tous les
siecles antérieurs réunis.
Ce renouvellement accéléré modifie en profondeur
nos conditions de vie - il n'est que de voir le rôle joué
par 1'ordinateur, Internet ou le téléphone portable.
Si nous voulons que les seniors participent activement à notre
société, alors il est indispensable de leur permettre d'actualiser
leurs connaissances en permanence.
Cette nécessité
est cependant freinée par une conception des âges de la vie
encore fondée sur un critere économique qui remonte au I9eme
siecle.
Selon cette conception,
la vie serait découpée en périodes cloisonnées
: il y aurait le temps de la formation, puis le temps de la production,
et enfin le temps du repos, qui serait celui de l'inutilité sociale.
Cette conception est
dépassée. Le temps de la formation n'est plus cantonné
à la jeunesse mais se poursuit aujourd'hui toute la vie.
Chacun doit pouvoir
accéder aux connaissances et aux techniques nouvelles pour rester
en phase avec 1'évolution de la société, et y apporter
sa réflexion et son influence personnelle.
La formation tout
au long de la vie n'est pas réservée aux personnes directement
engagées dans la vie active. Elle concerne tout le monde et tous
les âges de la vie.
Nous sommes tous désormais
d'éternels " apprenants " !
En conséquence,
il me semble que les universités du 3eme Age, qui sont aujourd'hui
encore isolées des cursus universitaires classiques, sont appelées
progressivement à s'inscrire dans un continuum de formations proposées
à toutes les générations et auxquels chacun se rendra
désormais tout au long de sa vie.
C'est dire si ce Congres
de bilan est avant tout un Congres de prospective ou il s'agit de réfléchir:
- aux modalités
de création de ces universités,
- à leur
mode de financement,
- à la façon
de conjuguer enseignement et activités de loisir,
- à 1'interface
de ces universités avec l'Université classique
- et à la
structuration internationale de ces universités dont le nombre
croît à une vitesse accélérée.
On apprend à
tout âge. Ce proverbe, qu'on retrouve dans tous les pays et dans
toutes les cultures, à pris désormais, grâce aux universités
du 3eme âge, une réalité institutionnelle. C'est un
grand progres pour I'humanité !
Chacun doit pouvoir
continuer à trouver sa place au sein de notre société,
non pas une place à part, mais une place a part entiere, c'est-à-dire
une utilité.
Je souhaite que les
échanges d'expérience que vous allez faire tout au long
de ce Congres vous permettent de faire avancer cette grande et belle idée
: les universités du 3eme âge, 1'université tout au
long de la vie.
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