Le Discours de Madame Catherine Vautrin
Ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité

 

Je suis particulierement heureuse de pouvoir intervenir dans le cadre de ce 23eme Congres de 1''Association Internationale des Universités du Troisieme Age. J'y porte, en effet, une grande attention, en raison tant de mes fonctions ministerielles, actuelles et passées, que de mon implantation politique locale, ici à Reims, depuis plus de 25 ans maintenant.

Je m'intéresse depuis longtemps à l'Institut Universitaire du Temps Libre de Champagne-Ardenne, dont j'ai toujours eu à coeur de favoriser le développement. L'lUTL, comme on 1'appelle ici, fete ses trente ans cette année. II a connu un essor remarquable. Le Professeur Patrick Demouy vous a retracé son évolution ce matin et son succes actuel: 4 000 adhérents, plus de 7 000 heures de cours, d'innombrables matieres enseignées,
16 centres créés dans les principales villes de la région Champagne-Ardenne.

Mes fonctions gouvernementales m'ont également amenée à m'intéresser aux Universités du 3*me Age, à un double titre : Lorsque j'étais Secrétaire d'Etat chargée des Personnes âgées, j'ai été particulierement sensibilisée aux enjeux du vieillissement de notre population et du rôle social que pouvait et devait continuer à jouer un 3eme âge en pleine forme et en plein essor.

Aujourd'hui en charge de la cohésion sociale de notre pays, particulierement soucieuse de préserver les solidarités entre les générations, je pense que vos universités sont un moyen important pour les seniors de rester actifs au sein de notre société et en contact étroit avec les autres classes d'âge, plus jeunes ou plus âgées.

Tout comme l'IUTL de Champagne-Ardenne, l'Association Internationale des Universités du 3eme âge fete ses trente ans cette année.
La premiere de ces universités a été crée en 1973, à Toulouse, par un homme visionnaire, Pierre Vellas, à un moment ou l'esperance de vie connaissait, dans les pays développés, un accroissement spectaculaire.

La longévité ne cesse de progresser depuis lors, à une vitesse impressionnante puisque nous gagnons, en France, un an de vie supplémentaire tous les quatre ans. Cette révolution anthropologique mais aussi la progression accélérée des connaissances dans tous les domaines bouleversent notre conception des âges de la vie et le cours meme de 1'existence de chacune et de chacun d'entre nous.

Un nouvel âge de la vie est apparu, qu'on a appelé le "troisieme ", et qui est déjà dépassé depuis par un " quatrieme ". Cet âge intermédiare, ou 1'on n'est plus directement actif alors meme que 1'on reste en pleine possession de ses moyens intellectuels et physiques appelait le développement de nouvelles activités pour lui permettre de s'investir et de s'épanouir.

Pierre Vellas a parfaitement mesuré cet enjeu en créant ces universités atypiques, conçues pour offrir à un public spécifique un programme d'activités qui respecte les conditions, les besoins et les aspirations propres à cet âge de la vie.

L'Université du 3eme âge est ainsi à la fois :
- une Université de type traditionnel, avec cours magistraux, apprentissage et acquisition de connaissances ;
- et une sorte de club, proposant des activités variées : ludiques, culturelles, physiques et sportives.

Ce modele s'est rapidement répandu dans le monde entier, témoignant ainsi de la justesse de 1'intuition initiale de Pierre Vellas.

Le fait que vous ayez tenu votre dernier Congres en Chine, à Shanghai, en 2004 témoigne de cette expansion universelle.
Je me réjouis de ce succes. II traduit la volonté des seniors de continuer à s'impliquer dans le monde d'aujourd'hui et à agir sur lui.
Les trente ans de 1'AIUTA sont 1'occasion de dresser un premier bilan de cet essor mondial et d'étudier les perspectives des universiteés du 3eme âge.

Plusieurs reflexions me viennent à ce propos, qui toutes militent pour une poursuite du développement des universités du 3eme âge et son encouragement par les pouvoirs publics.

1. La premiere a trait à 1'évolution démographique de la population mondiale et aux bouleversements des âges de la vie.

La population tend à vieillir un peu partout dans le monde et la part de la population âgée s'accroit fortement.
- En France, la part des personnes âgées de plus de 60 ans dans la population est passée de 18 % en 1962 à plus de 21 % en 1999. Elle atteindra plus de 27 % en 2020 et pres de 33 % en 2040, soit le tiers de la population.
- Ce vieillissement tient en grande partie au progres de la longévité qu'on observe, sauf exception, dans tous les pays développés et en développement.
En Europe, entre 1960 et 1995, la durée de vie moyenne s'est allongée de 6,4 ans pour les hommes et de 7,7 ans pour les femmes.

En 1750, une femme ou un homme de 64 ans avait encore 10 ans à vivre; aujourd'hui cet espoir est celui des femmes de plus de 77 ans et des hommes de plus de 72 ans. En outre, non seulement on vit de plus en plus longtemps mais on reste en bonne santé à un âge de plus en plus avancé. Depuis 1980, 1'allongement de 1'espérance de vie sans incapacité a été supérieur à celui de 1'espérance de vie. Etre âgé de 70 ans aujourd'hui équivaut à avoir 60 ans dans les années 1930.

L'essor des universités du 3eme âge illustre bien cette révolution du temps humain. II nous incite à revoir entierement notre conception des âges de la vie.
Nous sommes encore, en effet, sous 1'emprise de schémas surannés qui nous font, par exemple, associer départ en retraite et début de la vieillesse.
De meme, les âges-pivots que nous avons en tete, et qui régissent encore beaucoup de nos regles collectives, sont désormais dépassés.
60 ans ne marque plus le début de la vieillesse : à cet âge, on n'est plus ni usé, ni fatigué.

- Toutes ces années de vie supplémentaires doivent pouvoir s'épanouir et s'investir, notamment au service de la collectivité.

- Chacun doit pouvoir continuer à s'impliquer dans la vie de la société. D'ou la necessite de permettre a ceux qui le souhaitent de continuer a travailler. D'ou la nécessité aussi de mieux développer le bénévolat et des formes d'engagement differents de celle qui repose sur le strict contrat de travail classique.

- L'acces au savoir est évidemment une condition essentielle pour pouvoir continuer à participer à la vie économique et sociale.
En contribuant à 1'épanouissement et à 1'insertion sociale de chacun, la connaissance améliore la qualité de notre vie collective, le dynamisme et la cohésion de notre société.

-- Je pense aussi aux femmes.

Beaucoup d'entre elles n'ont pas eu la chance de faire des études ou de faire celles qu'elles souhaitaient. II fut un temps, pas encore si éloigné, ou l'acces aux études supérieures leur étaient barrées. Aujourd'hui encore, des freins culturels les amenent à s'orienter vers des cursus moins intéressants ou moins poussés que d'autres.

Vos universités sont 1'occasion, pour nombre d'entre elles, d'avoir enfin acces aux connaissances et de pouvoir étudier ce qu'elles auraient souhaité apprendre.

II. Le second facteur qui milite en faveur des universités du 3eme âge, c'est la nécessité de conforter les solidarités entre les générations.

Autrefois les générations se suivaient sans se croiser: au début du I8eme siecle, un enfant avait perdu ses deux parents quand il atteignait l'âge de 30 ans.

Aujourd'hui, les générations se chevauchent de plus en plus : il n'est plus rare d'avoir simultanément grands-parents, parents, enfants, petits-enfants voire arriere-petits-enfants.

Avoir 60 ans, ce n'est donc plus etre au bout de la chaîne mais à une place intermédiare cruciale entre deux générations.

Quand les personnes de 60 ans ont encore leurs parents, dont elles doivent s'occuper, et, simultanément, leurs petits-enfants, dont elles assurent la garde et contribuent à 1'éducation,c'est qu'elles ne sont plus ces personnes oisives et retraitées que 1'on veut voir encore, mais une génération pivot sur laquelle repose une responsabilité familiale et sociale majeure c'est donc l'ensemble des liens entre les générations qu'il convient de réévaluer.

Cette coexistence simultanée de nombreuses générations donne aux aînés un rôle majeur en termes d'éducation et de transmission des savoirs et des savoir-vivre.
Alors que 1'idéologie du jeunisme tend à enfermer nos enfants dans une bulle et rend de plus en plus difficile le passage à 1'âge adulte, les aînés ont un rôle crucial à jouer pour les aider à grandir et à franchir ce passage compliqué.

A nous d'encourager, par conséquent, toutes les formes de tutorat, à 1'universite comme dans les entreprises.
En restant en phase avec le mouvement généeral de la société grâce à vos universités, en restant actifs au plan intellectuel et en actualisant leurs connaissances dans tous les domaines, les personnes du 3eme âge sont à meme d'apporter ce soutien et cette transmission indispensables.

III. Un troisieme facteur rend impératif le développement des universités du 3eme âge, c'est le renouvellement permanent des connaissances dans tous les domaines.

En cinquante ans, 1'humanité a fait plus de découvertes que dans tous les siecles antérieurs réunis.
Ce renouvellement accéléré modifie en profondeur nos conditions de vie - il n'est que de voir le rôle joué par 1'ordinateur, Internet ou le téléphone portable.
Si nous voulons que les seniors participent activement à notre société, alors il est indispensable de leur permettre d'actualiser leurs connaissances en permanence.

Cette nécessité est cependant freinée par une conception des âges de la vie encore fondée sur un critere économique qui remonte au I9eme siecle.

Selon cette conception, la vie serait découpée en périodes cloisonnées : il y aurait le temps de la formation, puis le temps de la production, et enfin le temps du repos, qui serait celui de l'inutilité sociale.

Cette conception est dépassée. Le temps de la formation n'est plus cantonné à la jeunesse mais se poursuit aujourd'hui toute la vie.

Chacun doit pouvoir accéder aux connaissances et aux techniques nouvelles pour rester en phase avec 1'évolution de la société, et y apporter sa réflexion et son influence personnelle.

La formation tout au long de la vie n'est pas réservée aux personnes directement engagées dans la vie active. Elle concerne tout le monde et tous les âges de la vie.

Nous sommes tous désormais d'éternels " apprenants " !

En conséquence, il me semble que les universités du 3eme Age, qui sont aujourd'hui encore isolées des cursus universitaires classiques, sont appelées progressivement à s'inscrire dans un continuum de formations proposées à toutes les générations et auxquels chacun se rendra désormais tout au long de sa vie.

C'est dire si ce Congres de bilan est avant tout un Congres de prospective ou il s'agit de réfléchir:

  • aux modalités de création de ces universités,
  • à leur mode de financement,
  • à la façon de conjuguer enseignement et activités de loisir,
  • à 1'interface de ces universités avec l'Université classique
  • et à la structuration internationale de ces universités dont le nombre croît à une vitesse accélérée.

On apprend à tout âge. Ce proverbe, qu'on retrouve dans tous les pays et dans toutes les cultures, à pris désormais, grâce aux universités du 3eme âge, une réalité institutionnelle. C'est un grand progres pour I'humanité !

Chacun doit pouvoir continuer à trouver sa place au sein de notre société, non pas une place à part, mais une place a part entiere, c'est-à-dire une utilité.

Je souhaite que les échanges d'expérience que vous allez faire tout au long de ce Congres vous permettent de faire avancer cette grande et belle idée : les universités du 3eme âge, 1'université tout au long de la vie.

 

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